Adieu barbe et cheveux !

Avant

Avant

Après

Après

Et merci à mon petit frère Jo pour les photos !

Istanbul – Paris : les dernières galères

Eh bien voilà. C’est fait. En lisant ces lignes, vous devinez que je suis rentré au pays. Alors évidemment, maintenant je pourrais raconter tout ça en “live” à tous les Parisiens, mais bon, comme je suis sympa, voilà une petite version manuscrite avant d’avoir la version avec les gestes, les cris, les larmes et tout ça, de l’épique voyage entre Istanbul et Paris.

Ceux qui ont suivi se souviennent que le projet était de rentrer en stop, en faisant la première étape avec mon pote australien Henry. Mais dès le début, l’aventure a mal commencé puisque au lieu de me réveiller complètement crevé au son de mon réveil, je me suis simplement réveillé très fatigué à la lumière du jour. Petit regard à ma montre : 10h, soit 1h de retard pour le rendez-vous avec Henry. J’oublie le rendez-vous, jette un dernier coup d’œil à “hitchwiki” pour trouver le spot de stop à Istanbul, et je me mets en route.

Le deuxième problème survient lorsque j’arrive sur le spot de stop : l’autoroute sur laquelle je suis sensé me mettre est située sur un pont à plus de 30m de haut. Têtu, je fais 3 fois le tour de la gare de bus en cherchant un endroit adéquat pour commencer à “poucer”, mais à part des bus, aucune voiture ne semble passer dans le quartier. Vu l’heure, je décide de tricher et achète un billet de bus jusqu’à la frontière.

La traversée de la frontière se fait sans embuche et en voyant le défilé de camions turcs, c’est plein d’optimisme que je me mets en poste avec un beau panneau “Sofia” derrière le poste frontière bulgare. Après 10 minutes, je vois un backpacker arrivé de loin du côté turc. C’est Henry !! Il est aussi content que moi de le voir, puisque après avoir mis 6h à faire 200km, il en a ras le bol. Nous entamons donc notre travail d’équipe pour trouver un véhicule. Avec panneau, sans panneau, Henry qui jongle, 3 différents endroits, rien n’y fait : alors que la nuit tombe, nous sommes toujours à la frontière.

Nous cherchons alors un bon endroit où planter la tente, frappons à quelques portes et nous faisons jeter comme des malpropres, et finissons par trouver le spot idéal juste derrière l’église. La soirée se passe bien grâce aux nouilles et au “tavla” (backgammon turc) que j’ai ramené d’Istanbul mais la nuit est fraîche, et au réveil nous comprenons pourquoi : la tente est recouverte d’une épaisse couche de givre !

Avant 8h du matin nous sommes en place sur la route, frigorifié, à nous prendre des vents (aux sens propres et figurés) par les camions. Nous finissons heureusement par trouver un bienfaiteur qui, grâce à l’insistance d’Henry, accepte de nous avancer de 50km, puis un deuxième, ravi de nous aider, qui nous emmène jusqu’à Plovdiv. C’est la fin du trajet pour Henry. J’hésite un peu, mais comme il n’est que 12h, je décide de tenter ma chance au moins jusqu’à Sofia.

Après 1h30 d’attente sur une bretelle d’autoroute, un “proyect engineer” qui va voir sa maman m’avance de 60km et me dépose dans une station essence déserte en m’expliquant qu’il interdit de faire du stop sur les autoroutes et que ça pourrait me valoir une bonne amende. Heureusement, en moins d’une heure je trouve un poids lourd qui en insistant un peu accepte de m’emmener jusqu’à Sofia. Il me faudra quand même une dernière bonne âme pour arriver jusqu’à Sofia même, le poids lourd évitant la ville en direction de la frontière serbe.

A Sofia, convaincu par les quelques tâches de neige le long de la route que ce n’est plus la saison du camping, je décide de me trouver un bus pour Paris. Manque de pot, le prochain n’est que 2 jours plus tard, si bien qu’après m’être assuré de l’existence d’une correspondance, je réserve un bus pour Stuttgart. Une petite nuit à Sofia, un passage musclé à la frontière serbe (hum le bon palpage de cou**le pour s’assurer que j’ai rien de caché), une nuit pourrie dans le bus, et hop me voilà en Allemagne. Sauf que le mec de Sofia s’est planté et que le prochain bus pour Paris n’est que dans 2 jours. Qu’à cela ne tienne, j’avais tout prévu. Je sors mon petit calepin où j’avais noté les infos de hitchwiki et m’en vais pour rentrer en stop de Stuttgart à Paris.

Au bout d’une heure à demander à lancer des “Guttentag ! Do you go to Karlsruhe ?”, je finis par trouver quelqu’un qui m’avance d’une station essence, soit 40km. Une heure et demie d’attente de plus, et un quart d’heure de conduite plus tard, je me retrouve 2 stations essence plus loin, entre Karlsruhe et Freiburg. Et là, tenez-vous bien, il me faudra 4h30, oui 4h30, pour trouver quelqu’un qui peut m’emmener à Strasbourg, situé à 20km de là. Oui, j’aurais été plus vite à pied, si on oublie que j’avais un énorme sac de 20kg.

J’arrive donc à Strasbourg complètement dégoûté, à 21h, avec une seule idée en tête : rentrer chez moi et ne plus voir toutes ces têtes de con !! Malheureusement, grâce à la magie du TGV, le train de nuit Strasbourg n’existe plus et je me résous donc à attendre le lendemain matin pour rentrer. Un rapide coup d’œil aux hôtels qui entourent la gare me convainc rapidement que je vais pioncer à l’hôtel SNCF. C’était malheureusement compter sans la fermeture de la gare à 1h du matin. Me voilà donc à la rue avec 2 gros sacs et nulle part où aller par une nuit glaciale de 5°C. Je commence à me sentir très très proche d’un SDF …

Je tente toutes les options : le macdo est fermé ; le cyber café est fermé ; le grec est fermé ; les halls d’hôtels sont gardés … Je finis donc par me faire une petite visite by night de Strasbourg avec mes 2 sacs pour me tenir chaud, tente de dormir sur un banc dans un parc, et finis par retourner à la gare vers 5h30 pour prendre mon train à 6h10.

Il est midi passé quand je débarque à la gare de l’est. Les gens parlent français, je comprends ce qu’ils disent, je sais où je vais, il fait gris, il y a du monde … Aaahhhh … Welcome home !

La tente "craquante" de givre au réveil

La tente "craquante" de givre au réveil

Top depart !

Dans moins de 6h maintenant (je sais, je devrais dormir), cest le top depart avec Henry. Combıen de temps pour larrıvee a Paris, a vous les paris dans les commentaires. Moi je dis 5 jours. A moi la pluie, le RER et les croissants ! A bientot a Paris pour ceux dentre vous qui y seront et qui auraient envie de revoir ma bouille !

La boucle est bouclée

En ce mardi 26 octobre, j’arrive où tout à commencé, ou presque. Me voici dans la gare d’Haydarpasa, que j’avais quittée en compagnie de Max il y a plus de 8 mois. Oui, il s’est écoulé 8 mois depuis la première visite d’Istanbul, les premiers pas dans Sultanahmet, les premiers soupirs d’admiration devant la Mosquée Bleue, et les premiers kebabs.
En arrivant à Istanbul avec Emma et Henry, je découvre aussi la réalité de la ville au mois d’octobre : la pluie, le ciel gris, l’absence de lumière et l’humeur maussade des habitants en transit entre la maison et le boulot. Mais, après avoir déposé mes sacs à l’hôpital où travaille mon hôte, je retrouve également avec plaisir mes repères, les ruelles bordées de vieilles maisons, les marchands de poissons d’Eminönü, l’agitation du Grand Bazaar.
Je retrouve sans plaisir ce qui accompagne le quartier : les rues bordées de restos à touristes, les arnaqueurs à la petite semaine, la queue devant AyaSofya, les rues débordantes de touristes. Mais je suis de retour et je me sens ici presque chez moi, d’autant plus que le climat est très parisien. Et pour couronner le tout, je retrouve Christiane, l’amie Suisse du bateau Aktau-Bakou, sans compter que je croise dans le quartier de Taksim Loïc, un collègue de l’X, plus ou moins perdu de vue depuis un moment. Même si ça a été dit et redit, remettons-en une couche : le monde est petit.
Le titre de cet article laisse supposer que je suis retourner au point de départ, mais je n’ai pas l’intention de m’installer à Istanbul définitivement. C’est bien trop grand et trop agité pour moi (à côté, Paris n’est qu’une ville de banlieue) ! Donc pour vraiment boucler le voyage, il me reste encore à rejoindre Paris, et pour ce faire, histoire de donner une dernière petite note épicée à ce voyage, j’ai décidé de rentrer en stop, au moins pour une partie. Henry (l’Australien de Göreme) rentrant en stop à Plovdiv, je ferai le début du voyage avec lui, et ensuite vogue la galère ! Selon lui, je pourrais être rentré à Paris en 4 ou 5 jours (soit seulement 2 ou 3 jours de plus que le bus). A voir. En attendant, je vais essayer malgré le temps maussade de profiter de mes 2 derniers jours à Istanbul, dont la fête nationale demain.

Auto-stop et ville souterraine

La petite excursion à Ilhara s’étant plus que bien passée, nous avons décidé de renouveler l’expérience. Aujourd’hui, je pars donc avec Emma et Henry, direction Mazi. Il s’agit d’une cité souterraine que m’a recommandée Christiane, l’amie suisse rencontrée sur le bateau entre Aktau et Bakou.

"Information" pour la ville souterraine

"Information" pour la ville souterraine

Nous prenons le bus jusqu’à Nevsehir, puis jusqu’à Kaymakali et cherchons notre route pour Mazi. En chemin, notre groupe s’est agrandi puisque Tracy, une Américaine rencontrée dans le bus, nous a rejoint. Tout le monde en ville nous dit qu’il n’y a pas de transport public jusqu’à Mazi et que la ville souterraine est fermée, mais nous persistons, trouvons la route et commençons à marcher. Un dolmus (équivalent turc de la marshutka) refuse de nous prendre sans trop d’explication, puis une camionnette s’arrête et nous fait signe de monter à l’arrière, remplie de bocaux d’olives en tout genre.

Emma, Henry et un temple Romain, pendant la cueillete des champignons

Emma, Henry et un temple Romain, pendant la cueillete des champignons

Arrivés sur place, nous sommes pris en charge par Isan, le guide. On nous donne une lampe chacun, et c’est parti pour l’aventure. Voilà le genre de visite que vous n’aimeriez pas faire sans guide. Il s’agit d’un véritable labyrinthe de galeries, réparties sur 9 étages. Isan s’amuse comme un petit fou avec les trucs du fantôme et des mains qui surgissent de nulle part pour vous taper sur l’épaule. Et nous, on s’amuse tellement qu’à la sortie, on en redemande. “OK, alors on va voir la deuxième ville souterraine”. Celle-ci est encore plus grande que la première, avec des tunnels encore plus petit, et des cachettes de partout, pour le plus grand plaisir d’Isan — et le nôtre aussi, il faut bien le dire.
A la sortie, le temps d’un petit chaï et d’une démonstration de backgammon, on est parti pour la visite du cimetière, et surtout pour la cueillette de champignons, qui se révèle être un succès. Nous retournons donc au bureau d’Isan où ce dernier nous prépare un petit plat turc dont il a le secret (il aurait cuisiner dans un resto accueillant François Miterrand à Istanbul). Repus, il est temps de songer à rejoindre nos pénates. Mais pour rentrer, nous décidons de prendre une deuxième route, histoire de découvrir de nouveaux endroits.

Ca, c'est Mustafapasa
Ca, c’est Mustafapasa

Notre premier objectif est le village de Mustafapasa, ancienne cité grecque. Alors que nous marchons depuis quelques minutes sur une route presque déserte, un camion s’arrête. On se tasse à 5 (en comptant le chauffeur) dans la cabine et c’est parti. Sauf qu’au bout d’un moment, le chauffeur décide de prendre une petite piste de terre. On lui explique que nous allons à Mustafapasa t il nous fait signe de ne pas nous inquiéter, jusqu’à éteindre son moteur alors que nous sommes arrivés au milieu d’un champ de patates. Là-dessus, 2 potes à lui prennent le relais et nous conduisent en pick-up via des pistes douteuses, jusqu’à retrouver la route, sur laquelle ils nous déposent. “Mustafapasa, c’est 15km par-là !”. Nous entrons dans un petit village, demandons de l’aide à une camionnette qui vient d’allumer son moteur, qui nous redirige chez le boulanger. Nous nous installons tous dans le container du fourgon du boulanger et entamons la route vers Mustafapasa. C’est le moment d’une petite parenthèse pour vous dire qu’être trimballé en aveugle dans une camionnette brinquebalante, ça donne la nausée. Mais peu importe, nous arrivons à Mustafapasa sans être malade.

LA photo freestyle sur le tracteur : à une main c'est pas facile !

LA photo freestyle sur le tracteur : à une main c'est pas facile !

Après une petite visite, nous marchons vers la sortie du village mais apprenons que le prochain bus n’est que dans une heure. Nous poursuivons donc jusqu’à la route principale, où nous sommes pris en charge par un tracteur. Cette petite expérience nous permet de constater que 5 personnes sur un tracteur, ça tient, mais que 6 ça ne tient sans doute pas.
Nous arrivons alors à ürgüp, où l’on nous apprend que nous avons une demie heure à tuer avant le prochain bus. Nous décidons alors de la tuer en avançant sur la route en essayant d’être pris en stop, ce qui fonctionne — mais difficilement — et nous permet d’être déposés à 2km de Göreme : une petite marche apéritive après toutes ces aventures !!

Ilhara Valley

De bonne heure ce matin, je retrouve Emma et Henry pour aller passer 2 jours avec eux à visiter la vallée d’Ilhara. Nous avons tous des sacs assez conséquents pour dormir et survivre en eau et en nourriture pendant 2 jours, mais nous sommes également tous ravis de partir sous un ciel bleu vierge de tout nuage.

Ilhara Valley

Ilhara Valley

Tous les changements de bus se passent bien (malgré l’heure et demie d’attente après notre premier trajet) et nous parvenons à Ilhara — le village de départ de notre randonnée — vers midi. Pour autant, pas de stress : nous avons 2 jours pour parcourir les 14km de la vallée jusqu’au village de Selime et revenir à Göreme, ça devrait aller. Nous profitons donc du paysage magnifique offert par cette gorge profonde, et visitons un certain nombre d’églises taillées dans la roche sur le chemin. Bien sûr, comme on ne se refait pas, on grimpe aussi à droite et à gauche, mais le rocher est toujours aussi mauvais.

Exploration de grottes à dans la vallée d'Ilhara

Exploration de grottes à dans la vallée d'Ilhara

Alors que nous dépassons une pancarte marquant la moitié du parcours, nous sommes rejoints par 2 chiennes qui poursuivent avec nous notre chemin. Nous commençons aussi sérieusement à penser à trouver un abri pour la nuit : la vallée s’est élargie et les grottes se font rares — ou sont situées tout en haut de la falaise. Mais nous finissons par trouver notre bonheur, qui a l’air de plaire également aux chiennes qui établissent leur camp à l’entrée de la grotte. On installe le camp alors que le soleil disparaît peu à peu derrière la montagne et que le froid s’installe. A 5h, tout est prêt et tout le monde est en anorak. Tandis que la nuit tombe, on lance le repas — pardon le festin — et on allume les bougies pour un repas aux chandelles de type assez médiéval. On est sympa et on ne va quand même pas jusqu’à s’essuyer les mains sur les chiens. Et comme dans tout bon trek, à 9h on est couché.

Nuit en grotte

Nuit en grotte

Le lendemain, le temps d’émerger, de constater qu’il fait au moins 5° de plus à l’intérieur à qu’à l’extérieur, et de préparer un petit déjeuner gargantuesque, nous ne prenons la route — ou plutôt le chemin — que vers 11h, tandis que les chiens nous faussent compagnie.
Nous parvenons rapidement à Selime et nous laissons tenter par la visite du “Monastère”. Il s’agit de tout un complexe de grottes utilisées au début du christianisme comme monastère, mais aussi comme ville. On y trouve une cathédrale impressionnante, et aussi tout un réseau de tunnels assez marrants à explorer, surtout quand on a oublié sa frontale et qu’on s’éclaire à la lueur de l’appareil photo.

Petit tunnel vertigineux

Petit tunnel vertigineux

Vers 14h, nous ressortons et apprenons que le prochain bus est à 15h. C’est donc parti pour une petit session de stop. La première voiture qui passe s’arrête et nous amène jusqu’à Aksaray, la plus grosse ville de la région. Devant notre succès, nous décidons de poursuivre l’expérience (Henry et Emma sont des auto-stoppeurs chevronnés). Nous nous dirigeons donc vers la sortie de la ville et assez rapidement une voiture assez cabossée s’arrête. “Français ?”, nous demande le chauffeur.
Ramazan habite depuis 30 ans en France et sa première femme était française. Il n’est pas bilingue mais pas loin, et il est ravi de rompre un peu sa solitude puisque depuis une semaine, sa femme est rentrée en France. Au lieu de nous déposer à l’embranchement lorsqu’il sort de l’autoroute pour rejoindre son village, il nous amène chez pour un “café” : du pain, des olives, du miel et du yaourt, le tout provenant des petites fermes alentours. Un délice. Les affaires ont l’air de bien marcher pour lui puisqu’il se permet 2 à 3 fois par ans de dépenser 2500€ pour ses 15 jours de vacances tandis que sa femme et ses enfants gardent l’entreprise familiale de construction. Il a d’ailleurs plusieurs baraques dans la région et nous propose d’aller en visiter une autre, plus près de Gôreme. Enfin, c’est ce que nous avions compris, mais en fait, il ne fait que nous avancer de 30km sur notre itinéraire, juste comme ça pour passer le temps.
De là, nous trouvons un minibus pour rejoindre la ville de Nevsehir, à 10km de Göreme. A notre arrivée, nous somme pris en charge par Mustafa, qui nous amène jusqu’à l’arrêt du bus pour Göreme et attend le bus avec nous. Mustafa vit depuis 30 ans en France, à Vannes, et possède une entreprise de construction. Après les Portugais dans les années 20 et 30, il semble que le filon ait été repris par les Turcs !!

Premiers jours en Cappadoce

Alors que vous lisez ces lignes, je m’apprête à quitter la Cappadoce, après plus d’une semaine sur place. A quoi ai-je bien pu m’occuper pendant tout ce temps dans une aussi petite région, et pourquoi est-ce que je ne vous ai rien raconté sur cette partie du voyage jusque là ? C’est ce que vous allez comprendre en poursuivant votre lecture.

Ca c'est du chou ! Marché de Nevsehir.

Ca c'est du chou ! Marché de Nevsehir.

Il me faut auparavant vous toucher un mot de mon trajet entre Kars et Göreme (la capitale touristique de la Cappadoce), juste histoire de préciser que 20h de train, en Turquie, quand il pleut beaucoup, ça peut vite devenir 10h de train et 10h de bus, ces dernières étant de préférence effectuées de nuit, parce qu’en train, cela aurait été trop confortable. Et il me faut aussi adresser un reproche indirect aux auteurs du Lonely Planet : non, à Kayseri, la distance entre la gare ferroviaire  et celle de bus n’est pas de 500m mais plutôt d’une dizaine de kilomètres, ce qui à pied peut faire un peu long. J’en profite d’ailleurs pour remercier le chauffeur de bus qui a accepté de me laisser monter gratis à mi-parcours.

Couleur d'automne sur la Cappadoce

Couleur d'automne sur la Cappadoce

Revenons à nos moutons et mes activités cappadocienne. Je passerai rapidement sur le premier jour passé au gigantesque marché de Nevsehir, ce qui m’a permis d’acheter à prix turcs (comprendre non touristiques comme à Göreme) de quoi me faire des festins tous les soirs, pour arriver directement à mes 2 vrais premiers jours, passés avec un Allemand dénommé Franco.
Le premier de ces 2 jours, j’ai rapidement convaincu Franco de m’accompagner dans ma randonnée de la journée, dont le but était de rejoindre le musée de Zelve en passant par 2 vallées intéressantes, la Rose et la Rouge. Comme Franco s’est révélé aussi prompt que moi à choisir les chemins les plus improbables, nous n’avons jamais atteint l’objectif le premier jour, mais nous sommes bien amusés à grimper toute sorte de canyon, et nous sommes régalés du délicieux raisin abandonné dans les vignes par les habitants (on a aussi piqué quelques tomates et des courgettes géantes je dois avouer). Nous avons quand même atteint le petit village de Cavusin situé à mi-parcours, ce qui n’est pas si mal lorsqu’on considère les situations périlleuses dans lesquelles nous nous sommes retrouvés. Ce premier jour en tout cas m’a aidé à comprendre pourquoi la région est si touristique : c’est absolument magnifique !

La vallée Rose

La vallée Rose

Le deuxième jour, Franco s’est invité de lui-même dans notre seconde tentative de rejoindre Zelve. Cette fois, nous ne nous sommes presque pas perdus et n’avons subit qu’un revers : celui de se prendre une bonne drache sur la tête pile pour la visite de Zelve. Qu’à cela ne tienne, on a quand même pu faire les 10 kilomètres retour au sec en admirant un impressionnant convoi officiel albanais d’une bonne dizaine de voitures (et autant d’escortes policières).

Coucher de soleil sur la vallée des champignons

Coucher de soleil sur la vallée des champignons

Le lendemain, Franco avait d’autres projets en tête, et c’est donc seul que j’ai entamé la marche vers Ucisar à travers la vallée aux Pigeons. Mais je ne suis pas resté seul longtemps : j’ai rencontré un adorable couple suédo-australien, Emma et Henry, avec qui j’ai passé le reste de la journée et la soirée. Henry est un grimpeur, aussi ne serez-vous pas surpris d’apprendre que nous avons inventé toute sorte de blocs dans les grottes d’Ucisar, tout cela pour constater que le rocher était vraiment mauvais. Qu’importe, cela fait déjà 3 jours que je marche dans ces canyons aux diverses formations rocheuses, et je ne m’en lasse pas.
Le soir, je leur fais part de mon projet de visite de la vallée d’Ilhara et nous convenons de nous retrouver le lendemain pour faire ensemble cette petite expédition. Mais si vous voulez apprendre les mille et une recette de l’auto-stop en Turquie et comment dormir dans une vallée sans tente par 5°, il vous faudra vous ronger impatiemment les ongles jusqu’à demain !

Ani

Ani, c’est le nom d’un ancien village arménien en ruine, situé à la frontière arménienne (quelle surprise !), à 45km de Kars. L’intérêt du site réside donc en son histoire (que je vous résumerai très brièvement), et surtout en ce qui me concerne en la beauté du site, situé au milieu des steppes turques, et au bord de profondes gorges, encore sources de tremblements de terre.
Commençons donc par un peu d’histoire. C’est à la fin du premier millénaire qu’Ani, capitale du royaume arménien a été bâtie. Très rapidement, la région a éveillé l’intérêt de nombreux peuples, qui se sont battus pour le contrôle de la ville, stratégiquement située sur un axe commercial. Ainsi jusqu’à ce que les Mongols prennent le contrôle de la région à la fin du 13e siècle, les Géorgiens, Turcs, Arméniens, Kurdes et Byzantins ont successivement occupé la ville. Ensuite, elle a été progressivement abandonnée par les Mongols et presque totalement détruite par un tremblement de terre en 1319. Les routes commerciales ont ensuite changé d’emplacement, achevant la chute d’Ani.

L'église arménienne ruinée par un éclair

L'église arménienne ruinée par un éclair

Du fait de son histoire, on trouve sur le site des ruines de différentes époques et différents peuples. Ainsi cette église arménienne dont il ne reste qu’une moitié, l’autre ayant été rayée de la carte par un éclair en 1957, ou cette cathédrale construite au 10e siècle et convertie en mosquée par les Turcs. On trouve également une mosquée et un temple zoroastrien, qui complète la mosaïque religieuse du lieu. A part cela, et quelques autres ruines, plus ou moins impressionnantes (surtout sous la pluie), la ville est ceinte au nord par une imposante muraille.

Petite chapelle d'un monastère byzantin

Petite chapelle d'un monastère byzantin

Et pour compléter le tableau, le haut de la ville est interdit aux touristes pour raisons militaires. Avec l’Arménie de l’autre côté de la rivière, les soldats occupent le “château” situé au sommet de la colline et surplombant toute la région.

Eglise géorgienne et le minaret au loin

Eglise géorgienne et le minaret au loin

Kars

A défaut de neige, comme dans le roman d’Orhan Pamuk, je suis arrivé à Kars sous la pluie et n’ai presque pas vu le soleil de mes 2 jours et demi passés ici, aussi ma visite de la ville a été assez réduite, comme vous allez le voir. Mais d’abord un peu d’histoire : je vous passe tout le baratin sur la préhistoire et tout ça pour vous expliquer directement pourquoi Kars et la région est un bon mélange des cultures. Au début de notre ère, les lieux étaient occupés par des chrétiens, dont descendent les Arméniens, qui ont laissé entre autres, les fabuleuses ruines d’Ani ; ce n’est que vers le début du deuxième millénaire que la région est passée sous le règne musulman, conduisant à la reconversion de plusieurs églises en mosquées ; et vers la fin du 18e siècle, et jusqu’en 1920, la région a été occupée par les Russes, qui y ont laissé quelques églises, reconverties elles aussi en mosquées. Vous avez suivi ?

Eglise russe

Eglise russe

A part la visite de la citadelle et de ses alentours que j’ai effectuée sur la recommandation d’un touriste rencontré en Géorgie, j’ai parcouru les rues de la “ville-frontière” essentiellement avec le roman de Pamuk dans la tête. Ceux qui n’ont pas lu le bouquin vont s’embêter à partir de là, mais vous pouvez patienter jusqu’à demain pour avoir la partie sur ma visite des ruines d’Ani, photos à l’appui.

La citadelle de Kars

La citadelle de Kars

Je disais donc qu’avec “Neige” dans la tête, je me suis promené au hasard dans la ville — ce qui  n’est pas tout à fait vrai puisque je cherchai également à changer mes laris en liras, ce que je n’ai pas réussi à faire. J’ai d’abord remarqué qu’il  y a maintenant plusieurs feux rouge à Kars (mais pas beaucoup plus que 2 ou 3), et j’ai été étonné que jamais Pamuk ne mentionne pas la citadelle, pourtant visible depuis presque  n’importe où en ville. Je n’ai pas visité l’hôtel Karavas, pas plus que je n’y ai dormi (c’est un 3 étoiles, maintenant), et je n’ai pas été manger de pâtisserie à la fameuse pâtisserie (dont j’ai déjà oublié le nom).

En revanche, j’ai eu un bon aperçu de la base militaire, construite par les Russes, et maintenant utilisée par les Turcs. Elle sépare un peu la ville en 2 : d’un côté le centre branché, avec les boutiques chics et les banques ; de l’autre, des vieux bâtiments décrépis bordant des rues presque désertes, qui mènent à la gare. Et en quittant la ville en train, j’ai pu apercevoir les fameux quartiers de “gecekondus” évoqués dans le livre. Bordant la voie ferrée, il s’agit de petites bâtisses en parpaings, faites de bric et de broc, autour desquelles traînent toute sorte d’objets de récup.

Ancien hammam

Ancien hammam

Rien d’exceptionnel donc dans cette ville de Kars, mais grâce au roman de Pamuk, j’ai presque pu sentir la poésie qui émanait des bâtiments et de leurs occupants, ce qui, malgré la pluie, a rendu mon séjour à Kars plutôt agréable.

Visite de Vardzia et passage en Turquie

La gorge dans laquelle est située Vardzia

La gorge dans laquelle est située Vardzia

Me voilà donc à Vardzia, un des principaux sites de la Géorgie, que l’on m’a chaudement recommandé. Il s’agit d’une cité troglodyte, creusée dans une des nombreuses falaises de la région (avis aux grimpeurs, mais il faudra équiper) sur 13 niveaux. Vu de l’extérieur, ça donne un mur plein de trous dedans ; rien de très impressionnant donc, d’autant plus que comme il fait moche, la lumière est pourrie. Vu de l’intérieur, au début, ce n’est pas impressionnant non plus : après tout il ne s’agit que d’une succession de grottes de tailles variables, et on a beau se dire qu’elles ont été creusées à la main (comme en attestent les nombreuses marques de burin), ça manque de charme. Jusqu’à ce qu’on arrive à l’église principale, encore utilisée de nos jours par une communauté de moines vivant dans les grottes (comme un peu partout dans ce pays de bigots).

Vue générale de Vardzia

Vue générale de Vardzia

L’église est intégralement taillée dans la roche et décorée de fresques encore en assez bon état. De plus, dans une deuxième grotte encore plus grande, située derrière celle de l’église, il a été construit une petite chapelle. De là, part un tunnel qui semble interminable et nous mène dans une grotte située au-dessus de l’église, d’où l’on a une bonne vue sur la vallée.

La visite terminée, je récupère mes bagages et me fait déposer dans la petite ville d’Akhaltsikhe (n’essayer pas de prononcer) par la marshutka — dont le chauffeur est le frère du propriétaire de l’hôtel dans lequel j’ai dormi. Le dit chauffeur me remet entre les mains d’une dame qui a l’air d’être en charge des pauvres passagers qui souhaitent passer en Turquie. Elle m’explique qu’il y a un bus, téléphone, et me dit qu’on va prendre un taxi (vite, vite !) pour rejoindre le bus, arrêté un peu plus loin.

Vardzia, avec l'église principale sur la droite

Vardzia, avec l'église principale sur la droite

Là, c’est le début du drame. Elle me dit de payer 10 laris le taxi, et le chauffeur a à peine le temps de protester qu’elle lui dit quelque chose dans lequel je comprends le mot “touriste” et qui doit vouloir dire “t’inquiètes, c’est un touriste, il faut qu’il raque”. Ensuite, on me fait monter dans le bus, sans m’annoncer le prix, et je constate qu’il est vide. Le chauffeur me demande 50 liras, et je lui dis que je n’ai que des laris. “50 liras, 50 laris, c’est pareil !” Le taux est à 0.8 en ma faveur, vu le tarif exorbitant, je ne me fais pas prier et paie en laris, non sans avoir hésité un instant à prendre le taxi en sens inverse en laissant sur le carreau la gentille organisatrice (que je vois d’ailleurs encaisser sa com).

Nous ne croisons pas un seul véhicule avant la frontière, pourtant embouteillée par un nombre incroyable de camions en provenance de la Turquie. Le douanier fouille le bus sans trop se fouler et nous continuons en territoire turc. De plus en plus, je commence à me demander où est l’embrouille — surtout en voyant la tête d’arnaqueur de mon chauffeur et de son acolyte — jusqu’à ce qu’on arrive à la petite ville frontière de Posof. Là, on s’arrête dans un garage, tout le monde descend, je vois le chauffeur refiler en douce 50 liras à un mec ainsi qu’un bidon d’un truc qui ressemble à de l’huile ou de l’essence, et on s’installe dans une voiture.

Oh le petit tunnel !

Oh le petit tunnel !

On continue la route tandis que la nuit tombe, jusqu’à arriver en vue d’une petite ville. Le chauffeur m’annonce avec fierté “Ardahan”. Je lui explique que je n’en ai pas grand chose à faire et que moi je vais à Kars, ce à quoi il me répond en faisant signe de dormir. Il essaie ensuite de me déposer dans un hôtel de luxe, mais je le tanne tellement en l’engueulant dans un mélange de Français, d’Anglais et de Russe, qu’il finit par me déposer au centre-ville tout en me redonnant de l’argent pour payer mon transfert à Kars.

Bien entendu, les minibus pour Kars ne sont que le lendemain matin, si bien que je me mets en quête d’un hôtel, que je finis par trouver après 3 refus (qu’est-ce qu’ils ont, ils aiment pas ma barbe, ou quoi ?!). Il s’agit d’un des pires endroits de la terre. Les draps n’ont pas dû être changés depuis la création de l’établissement il y a 50 ans, époque de laquelle doit également dater le bout de pain rassis que je retrouve sur le rebords de la fenêtre. Je dors tout habillé en me jurant de fuir de cet enfer par le premier minibus du lendemain.