Istanbul – Paris : les dernières galères

Eh bien voilà. C’est fait. En lisant ces lignes, vous devinez que je suis rentré au pays. Alors évidemment, maintenant je pourrais raconter tout ça en « live » à tous les Parisiens, mais bon, comme je suis sympa, voilà une petite version manuscrite avant d’avoir la version avec les gestes, les cris, les larmes et tout ça, de l’épique voyage entre Istanbul et Paris.

Ceux qui ont suivi se souviennent que le projet était de rentrer en stop, en faisant la première étape avec mon pote australien Henry. Mais dès le début, l’aventure a mal commencé puisque au lieu de me réveiller complètement crevé au son de mon réveil, je me suis simplement réveillé très fatigué à la lumière du jour. Petit regard à ma montre : 10h, soit 1h de retard pour le rendez-vous avec Henry. J’oublie le rendez-vous, jette un dernier coup d’œil à « hitchwiki » pour trouver le spot de stop à Istanbul, et je me mets en route.

Le deuxième problème survient lorsque j’arrive sur le spot de stop : l’autoroute sur laquelle je suis sensé me mettre est située sur un pont à plus de 30m de haut. Têtu, je fais 3 fois le tour de la gare de bus en cherchant un endroit adéquat pour commencer à « poucer », mais à part des bus, aucune voiture ne semble passer dans le quartier. Vu l’heure, je décide de tricher et achète un billet de bus jusqu’à la frontière.

La traversée de la frontière se fait sans embuche et en voyant le défilé de camions turcs, c’est plein d’optimisme que je me mets en poste avec un beau panneau « Sofia » derrière le poste frontière bulgare. Après 10 minutes, je vois un backpacker arrivé de loin du côté turc. C’est Henry !! Il est aussi content que moi de le voir, puisque après avoir mis 6h à faire 200km, il en a ras le bol. Nous entamons donc notre travail d’équipe pour trouver un véhicule. Avec panneau, sans panneau, Henry qui jongle, 3 différents endroits, rien n’y fait : alors que la nuit tombe, nous sommes toujours à la frontière.

Nous cherchons alors un bon endroit où planter la tente, frappons à quelques portes et nous faisons jeter comme des malpropres, et finissons par trouver le spot idéal juste derrière l’église. La soirée se passe bien grâce aux nouilles et au « tavla » (backgammon turc) que j’ai ramené d’Istanbul mais la nuit est fraîche, et au réveil nous comprenons pourquoi : la tente est recouverte d’une épaisse couche de givre !

Avant 8h du matin nous sommes en place sur la route, frigorifié, à nous prendre des vents (aux sens propres et figurés) par les camions. Nous finissons heureusement par trouver un bienfaiteur qui, grâce à l’insistance d’Henry, accepte de nous avancer de 50km, puis un deuxième, ravi de nous aider, qui nous emmène jusqu’à Plovdiv. C’est la fin du trajet pour Henry. J’hésite un peu, mais comme il n’est que 12h, je décide de tenter ma chance au moins jusqu’à Sofia.

Après 1h30 d’attente sur une bretelle d’autoroute, un « proyect engineer » qui va voir sa maman m’avance de 60km et me dépose dans une station essence déserte en m’expliquant qu’il interdit de faire du stop sur les autoroutes et que ça pourrait me valoir une bonne amende. Heureusement, en moins d’une heure je trouve un poids lourd qui en insistant un peu accepte de m’emmener jusqu’à Sofia. Il me faudra quand même une dernière bonne âme pour arriver jusqu’à Sofia même, le poids lourd évitant la ville en direction de la frontière serbe.

A Sofia, convaincu par les quelques tâches de neige le long de la route que ce n’est plus la saison du camping, je décide de me trouver un bus pour Paris. Manque de pot, le prochain n’est que 2 jours plus tard, si bien qu’après m’être assuré de l’existence d’une correspondance, je réserve un bus pour Stuttgart. Une petite nuit à Sofia, un passage musclé à la frontière serbe (hum le bon palpage de cou**le pour s’assurer que j’ai rien de caché), une nuit pourrie dans le bus, et hop me voilà en Allemagne. Sauf que le mec de Sofia s’est planté et que le prochain bus pour Paris n’est que dans 2 jours. Qu’à cela ne tienne, j’avais tout prévu. Je sors mon petit calepin où j’avais noté les infos de hitchwiki et m’en vais pour rentrer en stop de Stuttgart à Paris.

Au bout d’une heure à demander à lancer des « Guttentag ! Do you go to Karlsruhe ? », je finis par trouver quelqu’un qui m’avance d’une station essence, soit 40km. Une heure et demie d’attente de plus, et un quart d’heure de conduite plus tard, je me retrouve 2 stations essence plus loin, entre Karlsruhe et Freiburg. Et là, tenez-vous bien, il me faudra 4h30, oui 4h30, pour trouver quelqu’un qui peut m’emmener à Strasbourg, situé à 20km de là. Oui, j’aurais été plus vite à pied, si on oublie que j’avais un énorme sac de 20kg.

J’arrive donc à Strasbourg complètement dégoûté, à 21h, avec une seule idée en tête : rentrer chez moi et ne plus voir toutes ces têtes de con !! Malheureusement, grâce à la magie du TGV, le train de nuit Strasbourg n’existe plus et je me résous donc à attendre le lendemain matin pour rentrer. Un rapide coup d’œil aux hôtels qui entourent la gare me convainc rapidement que je vais pioncer à l’hôtel SNCF. C’était malheureusement compter sans la fermeture de la gare à 1h du matin. Me voilà donc à la rue avec 2 gros sacs et nulle part où aller par une nuit glaciale de 5°C. Je commence à me sentir très très proche d’un SDF …

Je tente toutes les options : le macdo est fermé ; le cyber café est fermé ; le grec est fermé ; les halls d’hôtels sont gardés … Je finis donc par me faire une petite visite by night de Strasbourg avec mes 2 sacs pour me tenir chaud, tente de dormir sur un banc dans un parc, et finis par retourner à la gare vers 5h30 pour prendre mon train à 6h10.

Il est midi passé quand je débarque à la gare de l’est. Les gens parlent français, je comprends ce qu’ils disent, je sais où je vais, il fait gris, il y a du monde … Aaahhhh … Welcome home !

La tente "craquante" de givre au réveil

La tente "craquante" de givre au réveil

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