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Après une autre mauvaise nuit, cette fois due aux souris qui farfouillent un peu partout dans la chambre, je me réveille dans ma petite ferme d’Ushguli, à la lumière de quelques rayons de soleil. Malheureusement, je n’ai pas le temps de prendre le petit déjeuner que déjà le ciel se voile. Rien de bien grave, me direz-vous, puisque le programme de la journée est assez simple : attendre au café-bar tenu par Manona, la soeur de Marina, qu’une voiture arrive de Mestia, puis attendre que la dite voiture — ou plutôt son chauffeur — ait envie de repartir d’où elle est venue.
 Le calme avant la tempête à Ushguli
Je profite de l’attente pour refaire un petit tour dans le village même si la lumière est bien moins belle que la vieille et que le mont Shkhara est dans la brume, mais alors que quelques flocons commencent à tomber, je me réfugie dans le café-bar. Vous remarquerez que je ne dis pas « au chaud dans le café-bar » mais bien « dans le café-bar » tout court, car même s’il ne neige pas à l’intérieur, il y fait la même température qu’à l’extérieur.
 C'est parti pour la tempête à Ushguli
Alors que je poursuis la lecture de « Neige » tout en grignotant des amandes (il faut bien s’occuper), j’observe également l’intensification de l’averse de neige et vois avec joie un petit tapis se former dans tout le village et ses alentours. Malheureusement — ou heureusement pour mes pieds complètement congelés — mon chauffeur, arrivé depuis 2h, décrète le départ sans que j’ais pu profiter d’une éclaircie permettant de prendre quelques photos. Pour me consoler, à la lumière du temps que j’ai eu depuis que je suis parti du Svaneti, je ne suis pas sûr qu’il y ait eu une quelconque éclaircie depuis mon départ.
 Petite éclaircie après le col menant à Mestia
Après un trajet de 2h entièrement sous la neige et la pluie, j’arrive frigorifié à Mestia où je suis reçu par Marina qui m’installe aussitôt près du poêle avec un bol de soupe dans les mains. Je passe ensuite une nuit courte et mauvaise au son des ronflements (si on peut encore appeler ça comme ça) de mon voisin, pour attraper la marshutka à 5h du matin. C’est alors parti pour une journée de 14h dans une marshutka, ou plutôt dans 3 marshutkas, qui me permet de rejoindre directement Vardzia, où il pleut aussi. Après une bonne douche bien chaude et une bonne soupe de nouilles bien chaude, je m’écroule dans le lit. Le Svaneti, c’est fini !
Je passe une autre mauvaise nuit. Pas de vodka cette fois, mais la pluie, la grêle et les orages se relaient toute la nuit pour m’empêcher de dormir. Au moins je suis bien au chaud et au sec sous ma couette au lieu d’être dans un duvet sous une tente qui prend l’eau.

- Profitons de la lumière pour prendre une photo
Le matin, en voyant le temps, mon hôte essaie de me retenir. Elle m’explique qu’il y a une rivière à traverser et qu’avec ce temps, ça va être difficile, et m’offre d’ailleurs un cheval pour cette tâche, puis elle me parle de la neige et du brouillard et de la difficulté de l’itinéraire. Comme à peu près toutes les personnes que j’ai rencontrées m’ont parlé de cette rivière et de la difficulté de cette journée, je commence presque à y croire, d’autant plus que mon hôte a l’air vraiment concernée par mon sort. Mais pour la rassurer, je lui dis que si je ne peux pas traverser la rivière, je rebrousserai chemin et reviendrai chez elle, et elle accepte de me laisser partir, non sans avoir essayé de me rendre mon argent et sans m’avoir fait don d’un bout de bois en guise de bâton de marche.
 Iprali avec un rayon de soleil
C’est donc sous un ciel très menaçant que j’entreprends de remonter la vallée. Le chemin est facile et le bâton aide vraiment pour avancer et malgré la pluie et la grêle, j’atteinds assez rapidement le point critique de la ballade : la traversée de la rivière. Sauf que je découvre qu’il n’y a rien de difficile. En effet il n’y a pas de pont et la rivière est trop large pour être sautée, mais j’enlève mes chaussures et je traverse en quelques enjambées sans même avoir froid aux pieds. Je poursuis la traversée de la vallée et découvre qu’en fait il reste une branche de la rivière à traverser. La branche principale en l’occurrence. Là, la rivière est plus étroite, mais semble profonde et le courant est fort. Heureusement quelqu’un a eu la bonne idée de construire un « pont » : 2 troncs de la taille d’un petit avant-bras, trempés, vermoulus et glissants, ont été jetés en travers de la rivière. J’hésite un instant, teste un peu la solidité du truc, et alors qu’une nouvelle averse s’annonce je me lance dans la traversée infernale. Ca craque, ça glisse, mais je me retrouve en face et sec plus vite que prévu.
Ensuite je découvre un chemin qui monte progressivement et, aidé par le bâton, je me retrouve vite au-dessus du brouillard, et sous la deuxième couche de nuage. Je passe le col et entame la redescente, tout en me tapant encore des grêlons sur la tête, et finis par atteindre le village de Kalde — déserté à ce moment-là — juste au moment où une énorme averse se déclare. J’en profite pour faire une pause chocolat et repars sitôt l’averse calmée pour arriver rapidement au village d’Iprali.
 Petite ferme à Ushguli
Je suis accueilli par 2 chiens menaçants que je parviens à tenir en respect avec mon bâton le temps que le maître pointe son nez. Il m’invite à entrer chez lui où il déguste un festin avec des amis. J’ai le droit à 2 verres de vodka pour me réchauffer mais venant de manger à Kalde, je refuse l’invitation au festin (enfin, je pique quand même du gâteau parce qu’on ne se refait pas). Je m’enquière plutôt de la possibilité de dormir dans le coin et suis informé que je peux rester à l’hôtel pour 25 laris. Même si le patron insiste sur le fait qu’il y a 3 salles de bain et la télé dans son hôtel, je refuse poliment et déclare que je vais me rendre directement à Ushguli, sautant ainsi une étape. Il est 15h et il y a 15km jusqu’à Ushguli. Et il fait nuit à 18h. Qu’à cela ne tienne : si je fais du 5 km/h, je serai dans les temps. Je ne perds donc pas plus de temps et me mets en route, marchant d’un bon pas et ne m’arrêtant que rarement pour prendre quelques photos, puisque les nuages commencent à se dissiper.
Au bout d’un peu plus de 2h de marche, je parviens en vue du premier groupe de maisons d’Ushguli, puis découvre le village dans son ensemble. Il s’agit d’un regroupement de 3 villages, parsemés de vieilles tours (la marque de fabrique du Svaneti) et situés au pied du mont Shkhara, 5048m, le plus haut de Géorgie. Avec la lumière du soleil couchant, la vue est splendide et je ne regrette pas les efforts de la journée. Je trouve également la maison de la soeur de Marina et de son mari Gela, une simple ferme située tout en haut du village. Encore une fois, malgré la pauvreté de la famille, je suis accueilli royalement et je suis de nouveau content d’avoir amené ma soupe : ce soir, c’est patates et fromage !
 Ushguli et le fameux mont Shkhara
Je pensais faire une bonne nuit grâce à la vodka, mais ça a été tout le contraire. Non, je n’ai pas été malade : malgré ma diète alcoolique de quelques mois, j’ai plutôt bien résisté aux 3 toasts incompréhensibles de mon hôte. Ce n’est que la pluie qui m’a empêché de dormir, et aussi — mais le croirez-vous ? — le fait que j’ai eu un peu chaud …
 Ah, les belles couleurs d'automne !
Le matin, au son des quelques averses qui passent, je me fais mon petit déj (rien de tel qu’une bonne soupe de nouilles pour tenir la journée), plie la tente sous la pluie, et vais faire mes adieux, et après avoir refusé poliment l’invitation à boire un petit chaï, j’entame la journée sous un ciel menaçant.
Mais la journée qui avait mal commencé, se déroule presque sans encombre. Soit, je peine un peu à monter jusqu’au point culminant de la journée et manque de me faire attaquer par 2 chiens sortis de nulle part au milieu de la montagne, mais je ne me perds pas, et le temps s’améliore au fur et à mesure que j’avance, et c’est sous le soleil que j’arrive au petit village d’Adishi, étape de la journée.
 Le village d'Adishi
J’hésite un instant à camper, mais comme Marina, mon hôte de Mestia, m’a recommandé une famille, je décide d’aller au moins voir. Je traverse ainsi le village déserté à la recherche de Jora Kaldani. Le village est à la fois beau et triste : une bonne moitié des bâtiments est en ruine et on sent que le village sur la fin de sa vie. Seules 4 familles y vivent encore, et la quasi totalité de la nouvelle génération étudie à Tbilisi ou à Kutaisi (la deuxième ville du pays) et n’a aucune intention de revenir habiter au village.
 Toujours Adishi
Je finis par trouver le fameux Jora Kaldani, qui est fait le beau-frère de Marina. Alors que j’explique que j’ai amené ma propre nourriture, la femme de Jora m’offre de dormir chez eux en échange de « ce que tu voudras », ce qui me paraît un bon deal. Je passe donc une bonne soirée au coin du poêle et au son de la télé — un feuilleton espagnol doublé en Géorgien sans avoir retiré la bande-son originale, et avec seulement 2 voix : une pour les hommes et une pour les femmes. Egalement, je ne regrette pas d’avoir emmené ma soupe de nouilles quand je vois que le repas du soir de mes hôtes consiste en des patates bouillies agrémentées d’un peu de beurre et de fromage, façon raclette du pauvre.
 La grange et Jora en pleine activité
Aujourd’hui, je vous propose de continuer la saga « Svaneti » commencée il y a 2 jours. Hier, je finissais l’article en vous disant que je me préparais à partir pour quelques jours en trek, et j’ai mis mes plans à exécution. Enfin, plus ou moins comme vous allez voir.
Le but de mon trek est de rejoindre le village d’Ushguli, situé au fin fond de la province, et sensé être l’habitat permanent le plus haut d’Europe (je ne savais pas que la Géorgie était en Europe, mais ce n’est qu’un détail …) Pour ce faire, je suis équipé d’une carte soviétique datant des années 80 et d’un petit descriptif trouvé sur internet, qui m’apprend que la recherche d’itinéraire devrait être simple puisque le sentier est balisé en rouge et blanc du début à la fin.
 Le mont Ushba, dont on ne se lasse pas
De bon matin — vers 9h30 — je pars donc sac au dos vers la première étape de la journée : le petit village de Leli. Le temps n’est pas au beau fixe (et il a d’ailleurs plu une bonne partie de la nuit) mais au moins il fait sec, ce qui me permet, malgré le froid, de me mettre rapidement en t-shirt. Le début de la ballade se passe bien — malgré les champs de boue ici et là qui me forcent à quelques acrobaties dans le but de sauver mes chaussures — grâce aux nombreuses marques qui jalonnent le chemin, jusqu’à ce que j’arrive à une triple fourche sans aucune marque. Je sors mon petit descriptif, mais la fourche n’y est pas mentionnée. Je sors alors ma carte, mais impossible de s’y repérer, le chemin emprunté n’existant pas à l’époque soviétique. J’arrête alors un gros 4*4 qui passe par là pour lui demander le chemin de Leli, mais après avoir suivi son itinéraire pendant une dizaine de minutes, je tombe sur un cul de sac. Je reviens donc à la fourche et aperçois entre 2 buissons une vague trace de peinture rouge qui semble dater de l’an mille. C’est donc reparti sur le bon chemin.
 Il fait pas bon se perdre par ici ...
Mais le dit chemin se fait de plus en plus petit, boueux et raide à la fois, ce qui fait que ma progression se fait, elle, de plus en plus douloureuse : quand on fait un pas en avant sur une flaque de boue à 40° avec un sac de 15 kilos sur le dos, en général, on se retrouve le nez dans la dite boue. Je vous laisse imaginer à quel point je m’énerve et peste contre ce foutu sentier tracé par des incapables qui n’y connaissent rien à la randonnée, sans compter que je comprends assez vite que je suis en train de monter bien trop haut, alors que le chemin est sensé faire plus ou moins le tour de la montagne sans trop monter …
 Le petit village de Tsvirmi
Toujours est-il que plutôt que de faire le tour de la montagne, je finis par en atteindre le sommet, ce qui, si on oublie la peine que j’ai eue, est assez sympathique. En plus le soleil pointe son nez et je découvre à ma gauche le mont Ushba que vous connaissez déjà, et à ma droite toute la chaîne du Svaneti, bien enneigée par les intempéries des jours passés. Pour contrebalancer un peu, j’en profite également pour perdre la trace du chemin … Vous qui me connaissez bien, vous savez que je n’ai pas besoin de chemin pour avancer : je me mets donc à marcher vers la direction supposée du village, puis me dis qu’un petit point topo ne pourrait pas faire de mal et remonte donc vers le sommet, équipé d’une magnifique antenne. Là, je découvre qu’au lieu du village, je suis à 2400m d’altitude (le village est à quelque chose comme 1600m), mais j’aperçois aussi le dernier village de la journée, Tsvirmi, celui où je suis sensé dormir.
 Toujours Tsvirmi, avec la chaîne du Svaneti en toile de fond
C’est donc reparti pour une petite marche à l’azimut vers le village, tout en évitant les multiples barres rocheuses qui entourent le sommet, jusqu’à ce que je tombe sur un petit sentier qui semble se diriger vers la bonne direction. Je suis le petit sentier qui, lui, suit la crête en direction de Tsvirmi, bien en contrebas, puis après une bonne descente, j’arrive enfin au charmant village de Tsvirmi.
Il fait beau, il fait presque chaud, et je décide donc de trouver un emplacement de camping pour la nuit. Après enquête auprès d’une villageoise mal aimable, je me dirige vers le haut du village et finis par trouver un bon champ, à proximité d’une grande maison où une famille joue au foot dans le jardin. Une fois obtenue la permission, je plante la tente et installe mon carimat dehors bien au soleil pour bouquiner. La petite famille, adorable comme presque toujours, s’empresse de m’offrir à manger (hum !! Du pain beurré et du fromage !) et de venir visiter la tente.
 Home sweet home !
Le soir, alors que je me décide à mettre en route la soupe, je vais chercher de l’eau au ruisseau. Une des filles de la famille m’arrête et me fait entrer dans la propriété pour prendre de la « bonne » eau, et le père en profite pour m’inviter à rentrer me mettre au chaud à côté de poêle (j’y transpire en t-shirt). Il en profite également pour m’offrir à manger, et surtout pour me faire boire 3 vodkas maison — 3 parce que j’ai insisté pour arrêter là. Toute la famille est rassemblée dans la petite pièce : les 2 filles, le fils, les 2 grand-parents, 2 amis de passage, la mère (une vraie furie qui crie sur tout le monde), le père (qui aidé par la vodka a l’air de bien supporter les cris de sa femme) et moi (qui aidé par la vodka et la douce chaleur commence à sentir la fatigue me gagner).
Je regagne donc mes pénates et me mets au chaud dans mon duvet, après avoir enfilé 2 pantalons, ma polaire et ma doudoune, sans oublier les formidables chaussettes en laine ladakhies, et me prépare pour une bonne nuit, aidée par la vodka.
 Une des multiples tours de Mestia
Le lendemain de mon arrivée à Mestia, une bonne surprise m’attend : il fait beau ! Le temps de prendre le petit déj et de trouver le début du sentier, je me dirige vers la « croix », située 900m au-dessus du village puis vers les lacs Koruldi, un peu plus haut. En guise de sentier, je trouve une bonne trace, sans doute élaborée par un randonneur qui a décidé qu’on n’était pas ici pour lésiner : ça grimpe raide, voire très raide. L’avantage, c’est qu’en 1h30 je suis à la croix, où je découvre un superbe panorama. Les intempéries des 2 ou 3 derniers jours ont couvert de neige les sommets alentours, et avec le soleil ça scintille de partout.
 Le fameux mont Ushba
Le temps de déguster le casse-croûte gentiment offert par mon hôte, je continue en direction des lacs. Très vite le sentier se couvre de neige, ce qui n’est pas gênant au début, mais quand cela atteint mi-mollet et que je ne peux plus faire un pas sans glisser en arrière (le sentier est par moment aussi raide qu’au début), je décide que ça suffit.
 Fin de l'ascension pour cause de trop de neige
Je redescends à la croix en faisant une bonne séance de ramasse (du ski sans ski pour les non initiés) et j’emprunte une piste pour redescendre au village, ce qui doit me permettre de faire une jolie boucle. En chemin, je rencontre Giorgi à la recherche de son cheval — tout dépité quand je lui dis que je n’ai vu aucun animal — puis un groupe de bûcherons qui m’invitent à leur session bière-saucisson, puis à assister à leur séance de coupe. Le principe est que l’on coupe les arbres au-dessus de la piste, et qu’on fait ensuite rouler les portions des troncs que l’on a débités jusqu’à la piste. Tout se passe bien, sauf quand 2 idiots de la bande balancent le tronc au mauvais endroit, ce qui fait qu’il saute la piste et finit sa course quelque part dans le raide versant en-dessous. Un tronc de perdu …
 Mes copains bûcherons
Je continue ma descente et rentre « à la maison » pour prendre une bonne douche. Sauf que mon hôte m’apprend que l’eau est coupée jusqu’à nouvel ordre … Je m’apprête à partir en trek pour 4-5 jours, alors un jour de plus ou de moins de saleté …
 Photo bonus de Mestia
Avant de vous parler de la Turquie, je vous propose une petite rétrospective sur la Géorgie, pour que vous compreniez pourquoi ça a été aussi vide ici ces derniers temps. Et tout commence par mon trajet entre Tbilisi et Mestia, la capitale de la province du Svaneti.
Le Lonely Planet prévient le lecteur : la province géorgienne du Svaneti est isolée et c’est une véritable aventure de s’y rendre. Je n’irais peut-être pas jusque là, mais presque. Vous vous souvenez que j’avais réservé un train de nuit pour me rendre de Tbilisi à Zugdidi. J’ai donc pris ce train, dans lequel j’ai très mal dormi (sans doute à cause de la maladresse du chauffeur lors des retournements de train assez brutaux) et qui m’a déposé à Zugdidi sur les coups de 6h30 du matin.
Là, d’après à la fois le guide, mon hôte de Bakou et Koka, un géorgien avec qui j’ai passé une soirée à Tbilisi, je devais trouver une marshutka pour m’emmener à Mestia, capitale du haut Svaneti. En guise de marshutka, j’ai trouvée une brave femme qui se rendait aussi à Mestia avec qui j’ai d’abord attendu la marshutka (une petite demie heure) puis attendu que la dite marshutka se décide à partir (vers midi, soit 5h d’attente dans une camionnette glacée).
Malheureusement pour moi, j’hérite d’un mec énorme pour voisin, mais il est sympa, et c’est même lui qui paie le déjeuner à toute la marshutka (soit 6 personnes) lorsqu’on s’arrête au milieu de la montagne.
Depuis la veille, il ne cesse de pleuvoir. Rien de dramatique, mais la route déjà en piteux état en prend un coup : tous les nids de poule sont remplis d’eau, et les camions cherchant à les éviter ont creusé de grosses ornières autour. Mais notre chauffeur est un pro, il peut surmonter tous les obstacles. Presque tous en tout cas : le gros glissement de terrain qui barre la route et sur lequel travaillent pas moins de 5 bulldozers semble au-dessus de ses forces. Mais une camionnette devant nous lui montre la méthode : on klaxonne abondamment le bulldozer qui nous barre la route, on essaie de passer, on s’embourbe, on s’y reprend à 3 fois, on reste bloqué, on appelle un bulldozer à la rescousse, on fait du ski sur gadoue en marshutka, et nous voilà de nouveau sur une route praticable. Devant le succès de la camionnette nous précédant, notre chauffeur stoppe à son tour un deuxième bulldozer et c’est parti pour le bain de boue.
Ensuite, c’est la routine de la marshutka qui avance à 2 à l’heure sur la route défoncée, jusqu’à ce qu’on arrive à Mestia, où, comme partout ailleurs en Géorgie, il pleut. Presque partout ailleurs en fait, puisque j’apprends le soir qu’à Kazbegi il neige abondamment ! Ne reste plus qu’à prier pour avoir du beau temps le lendemain.
Eh oui, comme l’annonce le titre de cet article, je suis sorti de Géorgie hier pour revenir où tout a presque commencé, en Turquie. Mais pas n’importe où en Turquie : je suis à Kars.
Kars ne dit sans doute rien à bien des gens, mais tous les fans du célèbre écrivain turc Orhan Pamuk connaissent cette petite ville dans laquelle est situé « Neige », un de ses derniers romans, que je lis justement en ce moment !
Alors avant de vous quitter, je ferai part de mes découvertes à tous les fans de ce roman : l’hôtel Asya n’existe pas, et il y a plusieurs feux rouges à Kars. Par contre la gare de train est bien aussi glauque que dans le bouquin, et à défaut de neiger en permanence, il pleut depuis que je suis arrivé. De ce côté-là, ça ne me change pas trop de la Géorgie…
Après être resté dans la capitale 2 jours supplémentaires, il est temps pour moi de repartir, tant qu’à faire pour la montagne. Après Kazbegi, il faut que j’essaie de nouveau de trekker dans les montagnes du Caucase. Pour ça j’ai choisi la région de Svaneti, isolée mais magnifique d’après le Lonely Planet et tous les autres touristes que j’ai pu rencontrer. Au programme : train de nuit ce soir pour la ville de Zugdidi, puis 7 ou 8 heures de marshutka jusqu’à Mestia, la principale (voire seule) ville de la région. Ensuite, ce sera selon l’humeur et le temps.
Même si la région s’est pas mal ouverte au tourisme ces dernières années, je ne m’attends pas à y trouver une connexion internet décente. En conséquence, ne vous attendez pas à trop de nouvelles de ma part durant la prochaine semaine, voire plus, puisque je passerai ensuite en Turquie assez vite.
Une fois n’est pas coutume, j’ai sacrifié à la joie des transports en commun pour partager un confortable taxi avec Christiane — la Suisse que vous commencez à bien connaître — et Jim, un Anglais vivant au Canada que Christiane a rencontré à sa guesthouse. Pourquoi un taxi ? Pour se rendre de Tbilisi à Davit Gareji et retour en une journée ; sinon, c’est marshutka jusqu’à un bled, d’où il faut faire du stop sur une petite route perdue, ou prendre un taxi.
 Le monastere habite
Davit Gareji, avant d’être un lieu, est le nom d’un des pères fondateurs du christianisme en Georgie, venu avec le Bible dans sa poche depuis la Syrie, au sixième siècle. Mais si ce nom est connu, c’est surtout pour le monastère, situé au milieu du désert georgien (oui, moi aussi j’ai été surpris d’apprendre qu’il y avait un désert en Georgie), rénové après la chute de l’union soviétique et de nouveau habité depuis lors. La particularité de ce monastère, outre ses fortifications et ses tours de guet moyennageuse qui l’entourent, est que les moines y vivent dans des grottes, creusées dans la falaise au-dessus du jardin qui leur fournit de quoi se nourrir. Malheureusement, on ne peut pas visiter ces grottes (mais on peut comprendre que vous n’ayez pas envie que des dizaines de touristes visitent votre chambre chaque jour), mais les bâtiments environnants sont magnifiques et l’austérité du lieu et de ses habitants donnent une atmosphère toute particulière.
 La salle a manger des moines
De plus, en faisant une petite marche apéritive pour grimper derrière la crête qui surplombe le monastère, on peut découvrir un autre monastère — lui abandonné — composé de nombreuses grottes dont certaines sont ornées de fresques étonnament cobservées. La grotte de la cantine par exemple est assez impressionnante : on peut encore y admirer les « assiettes » des moines, une barre rocheuse dans laquelle est creusée une rangée de trous, devant lesquels les moines devaient s’agenouiller à même la roche pour déguster leur festin. Il est surprenant également de découvrir dans plusieurs grottes des icônes récentes, ainsi que des petits bouts de papier sur lesquels les dévôts ont écrit leurs prières ou leurs voeux, on ne sait pas trop. En parlant de petits mots, les grottes sont évidemment constellées de graffitis en tout genre, le plus ancien qu’on ait vu étant daté de 1853. Comme quoi le mauvais goût n’a pas d’âge !
 Petite chapelle
 Oh la bestiole !
Apres notre repas bien arrosé, nous nous levons bien tôt pour partir voir les autres français… La journée commence mal. Un fois au point de rendez vous, il n’y a personne. Iroda arrive en retard pour nous dire que finalement le rendez vous n’est pas à 8h du matin mais à 10… Un peu enervé, nous rentrons à l’hôtel finir notre nuit.
Retour à 10h au même point. Finalement le rendez vous était à 8h les taxis attendaient depuis… Nous partons enfin pour la ville de Chakhrisabz. Cette ville située à 90km au sud de Samarcande, se trouve assez proche de la frontière afghane.
Chakhrisabz est une ville qui connut sont essor sous le règne de d’Amir Timour. Grand conquérant du 14ème siècle.
Le trajet se déroule en voiture privée conduite par la voisine d’Iroda et un taxi privé. Elle roule comme une folle tout en jacassant et nous demandant si nous sommes mariés (mais c’est quoi leur problème sérieux). Nous tentons une réponse fausse : « OUI »! Erreur tragique, elle se met a hurler à demander depuis combien de temps, les enfants… (Ils se droguent je pense), elle nous les brisera toute la journée et c’est peu de le dire.
Nous arrivons enfin à Chakhrisabz. C’est fou comme le fait d’ouvrir une portière fait qu’on entend moi une nana en train de jacter pour ne rien dire !
Ho la jolie statue d’Amir Timur, je veux la même de moi dans mon jardin !!!
 La statue "discrete" d'Amir Timur
Le principal monument de la ville est une porte en ruine de 50m de haut. Celle ci est recouverte de motifs en céramique restauré par les communistes (il me semble) et pour en atteindre le sommet vous devez parcourir les 110 marches sous une température avoisinant les 45°.
 La porte de la ville mais vu du haut (la preuve que nous sommes montés))
D’ailleurs cette montée nous coûte 2000 Sums, et je suis sur que les locaux ne payent rien…
Nous enchaînons sur la visite des autres monuments de la ville mais cela tourne court, nous allons manger dans un restau proche avant de rentrer. Nous aurons donc fait 5h de voiture pour 1h30 de visite et 3h de resto, c’est bien dommage, il restait encore 2 tombeaux et une mosquée qui avait l’air super sympa.
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